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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 11:12

10 ans que vous vous tapez les mêmes missions  et qu'aucune perspective  ne s'ouvre dans votre horizon professionnel.

10 ans que vous sacrifiez vos soirées, vos week end ou vos vacances, pour rendre vos dossiers à temps, parce que votre boss n'a pas compris qu'une journée n'est constituée que de 24 h et que t'as pas 10 bras, ni un cerveau 2.0qui te permette de torcher des dossiers béton en moins de 30 minutes ( avec les budgets et tout le toutim, bien sur).

Oui tu as remarqué, je suis passé de "vous" à "tu". On est devenus intime depuis, non ? 

10 ans que tu te tapes des collègues qui te mènent une vie d'enfer, en te mettant des batons dans les roues, en lachant des boules puantes sur ton compte, ou en cachant leurs incompétences ( ou fainéantise) derrière le copinage avec le boss derrière un bon verre de gueuze, pendant que toi, tu préfères t'occuper des dossiers qui s'accumulent sur ton bureau ( ces mêmes dossiers que tes collègues sont incapables de prendre en charge, parce que cons comme des gorets)

Aujourd'hui, c'est l'évaluation semestrielle! Petit tête à tête avec ton boss pendant une ou deux heures, préparé préalablement grâce à un questionnaire bidon téléchargé sur google, et sensé permettre de faire le point ( et éventuellement négocier une ré évaluation de ton salaire ou de meilleures conditions de travail) sur ton poste. 

Après les questions d'usage ( ben alors, qu'est ce que tu peux me dire sur tes missions ? Ben ducon, mes missions tu les connais, c'est toi qui me les fourgue à chaque évaluation et elles n'évoluent pas d'un kopek. Je me fais chier et j'ai pas de vie perso , mais je suis assez productif pour que tu ne me vires pas illico presto), vient une proposition alléchante quoique surprenante : on a décidé de recruter un assistant pour que tu puisses te consacrer un peu plus à la conception de projet, et que tu laisses le menu travail à cette nouvelle recrue. 

Sur le coup, t'es content. Tu te dis : enfin de vrais week end, de vraies vacances et rentrer à 20h voir mes gosses... ça c'est la vie de pacha! Et payé pareil en plus! Ouais, c'est chiandé!

Tu ressors de ton évaluation trimestrielle rassuré : ton boss ne t'as pas trop latté le moral et en plus, il a enfin compris que ton option multi tâche était arrivé à saturation! Cool, tu vas pouvoir déléguer quelques tâches et respirer un peu!

Quelques semaines ont passé :  on te présente ton nouvel accolyte. Bon, personne ne t'a demandé ton avis lors du recrutement, mais t'es tellement content que tu ne bronches pas. Tu lui offre même le café sur un plateau d'argent!

Ton boss, tout sourire t'annonce alors tout de go: "bon dorénavant , tu es le supérieur hiérarchique de zézette. Zezette et toi allez collaborer ensemble pour relancer ton secteur" ( ah bon, mon secteur était en panne sèche ? ). "Comme c'est une jeune diplômée, elle n'y connait rien, donc on compte sur toi pour lui montrer toutes les ficelles du métier". Avec tes 10 ans d'expérience dans la boite, tu as l'étoffe d'un héro. 

Les premiers jours s'annoncent bien. Zézette gobe tout ce que tu lui raconte, et elle fait tout bien comme tu lui demandes. Une parfaite petite assistante.

Les semaines s'enchainent, tu commences à profiter de tes week end à emmener tes chiards et ta grosse faire le tour de la côte d'Opale ;  le soir, tu peux rentrer manger le steack-purée que maman t'a préparé avec amour ( c'est sur que ça change du sandwich poulet/chips que tu avais l'habitude de te torcher chaque soir de la semaine, quand tu revenais à 22h). 

Un jour d'automne (ben ouais, tant qu'à faire), tu arrives au taff, tranquillos, prêt à dégainer le café-spéculoos avec ton pote du secteur A. Mais ton boss arrive, moins joyeux qu'il y a quelques semaines, et grogne " euh, Bidule, on peut se voir quelques minutes, pour le dossier X?, ca urge". 

Bah ouais, le café speculoos attendra... 

Le boss, un tantinet coincé des fesses, te propose  de t'asseoir, d'un ton autoritaire. D'un coup, un frisson glacial glisse entre tes omoplates : il me fait quoi le boss ?  Tous les dossiers sont torchés et j'ai même conceptualisé de nouveaux projets qui tue leur race. 

" Bon. Bidule, je vais pas y aller par quatre chemin. Ca fait 10 ans que t'es là. On t'a mis un assistant pour t'aider dans tes missions. mais là, y'a rien qui change. T'es plus motivé."

"hein, quoi !?" là tu te démènes pour prouver par A+B que toutes tes missions sont sur la bonne voie, que tu es plus efficace, et que l'arrivée de ton assistante a permis tout cela. 

"Non mais justement, Zezette se tape tout depuis qu'elle est arrivée. j'en ai parlé avec elle, ça va pas. Tu es trop autoritaire, tu lui refiles toutes tes merdes, bref, elle se sent vraiment mal.". 

Quoi zézette ?  Celle avec qui tu as passé ton vendredi après midi au restau, même que tu l'as invité à ta fête d'anniversaire pour tes 40 balais ?!! 

Tu tombes de haut...

Tu viens de subir les soixantes minutes les plus longues de ta vie : L'animation de tel atelier a foiré, c'est parce que tu as laissé zézette se démerder toute seule ( en même temps, elle est payée pour ça, elle est sensée savoir faire ce genre de truc). Et puis, le public ne te voit plus, y'a que zézette qui se les coltine ( en leur filant des clopes, histoire d'être cool avec les gamins de 15 ans et d'être copain/copine). Et tant qu'on y est, ton collègue Truc, et ben il s'est plaint de toi : tu lui demandes de travailler en transversalité, mais il comprend pas ce que tu lui veux. IL faudra être plus explicite la prochaine fois ( non mais j'ai une gueule de prof, ou?).

Tu remontes dans ton bural, t'as rien compris. Zézette te lance un sourire " je t'ai fait ton café". "J'en veux pas de ton tord boyau, tu m'as fait quoi là Zézette ? Un couteau dans la colonne vertébrale ou je rêve ? ". Zézette dit ne pas comprendre, elle ne s'est pas plainte au boss... non il a du "interpréter" ses paroles. 

"Et Truc !Toi qui passes ton temps à jouer aux cartes sur le PC pendant que je me fais chier à inventer de nouveaux  moyens inefficaces d'utiliser l'argent public, t'es parti chialer chez le boss, mais jamais tu ne t'es plains lorsqu'on bossait ensemble, c'est quoi le problème ?"

" Ouais ben j'en ai parlé avec lui, et il m'a fait comprendre que c'était toi qui ne communiquait pas assez. Alors je te le dis, il faut mieux communiquer"

Ebranlé par ce retour de flammes, tu réfléchis. S'ils veulent plus de communication, ils vont en avoir. Réunions insipides, notes de service, communication du planning, tu n'y vas pas de main morte...

Toutefois, et ça tu ne l'avais pas anticipé, la machine est en marche coté management : à chaque occasion, le boss te convoque pour te reprocher ton manque de "motivation" malgré tes brillantes propositions de projet, ton manque de militantisme, parce que tu ne bois plus les coups avec tes collègues dès que l'occasion se présente... Puisque tu as retrouvé un peu de temps pour vivre, et que tes week end ne sont plus pollués par ton boulot, tu n'es plus considéré comme performant... l'arrivée de ton assistante n'est finalement pas de si bon augure...

Les mois passent et te cassent ( enfin surtout ton boss, qui en profite pour tester le management hostile à ton encontre,histoire de l'appliquer à d'autres bougre quand il en aura terminé avec toi). 

Ton assistante est maintenant chargée d'autres projets, parallèles voire concurrents avec les tiens. Elle fait des bourdes énormes, mais le boss l'amnistie : c'est pas de sa faute, elle est nouvelle... mais de la tienne, tu es un mauvais mentor.

D'ailleurs, Zézette te parle de plus en plus mal, et a même osé, lundi dernier, t'insulter et te menacer de t'égorger si jamais tu osais encore lui adresser la parole. Quant à Truc et même tous les autres collègues, ils ne t'adressent plus la parole. Le boss te lâche que tu n'es plus intégré à l'équipe, et que c'est ton comportement qui a induit cela. Tu as beau réfléchir, passer des nuits blanches à essayer de comprendre le pourquoi du comment, tu ne comprends pas... tu n'as pas changé, et tu produis de meilleurs projets qu'avant. La seule différence est ce temps passé auprès des tiens...et aujourd'hui tu le payes cher...

Première alerte : tu gonfles, tu deviens jaune. Tu vas voir ton toubib qui te dit " c'est les nerfs monsieur. Votre travail vous bouzille la santé. je vous met en arrêt quelques temps, histoire de vous refaire une santé". Tu reviens au boulot, l'estomac retourné. Zézette a pris ta place dans le bural. Elle ne daigne même pas se pousser pour te laisser reprendre ton siège pourrave. Tu te poses dans un coin...sans broncher. 

Le public s'en mêle : entre deux, un travail de sape a été allègrement orchestré par tes super collègues, plus talentueux en termes de coups foireux qu'en travail bien fait. Tu ne vois plus personne et plus personne ne peut te voir. Tu déprimes...

Un jour tu craques : ton médecin te prescrit des pilules "pour faire rire", mais toi, tu es loin de l'hilarité. Y'a la chanson de Francis qui tourne en boucle " et ça continue encore et encore, c'est que le début ..."

Convocation de l'employeur entre deux arrêts pour dépression : t'es plus motivé ( un bon lavage de cerveau, ça ne peut pas faire de mal), t'es plus militant ( parce qu'aller bouffer une merguez frites avec des collègues bourrés, sur le compte des contribuables, c'est faire preuve de militantisme), t'es un bon professionnel, mais t'es vraiment trop professionnel ( là, tu comprends pas... moi non plus d'ailleurs...). On te propose une rupture conventionnelle. Tu acceptes, persuadé que ça va te soulager. 

Pendant ce temps...

Zézette, qui t'a piqué ton bural et ton public, mais aussi qui a reprit tous tes super projets, se frotte les main. Le boss a dit qu'il prendrait un débutant pour remplacer le poste qui est désormais presque vacant.*

Ca tombe bien : Zézette n'a même pas le diplôme requis pour avoir le poste. Mais en faisant une demande de formation, elle pourra négocier l'obtention du poste à moindre prix et envisager une augmentation de salaire une fois le diplôme obtenu.

Récapitulons : 

Pour dégager un salarié qui coûte trop cher à l'entreprise : 

1- lui faire avaler des aspics, en lui proposant un assistant,

2- choisir un jeune assistant,  diplômé mais pas trop, qui soit prêt à tuer son prochain pour avoir un poste en CDI, même mal payé

3- prendre ton salarié-sénior pour un con, en le propulsant supérieur hiérarchique, chargé de la supervision du poste de l'assistant et de son "intégration" dans le poste 

4- une fois l'assistant bien inséré dans le système, faire le vide autour du salarié sénior et le démolir en l'isolant de l'équipe, du public/clientèle et en lui faisant un lavage de cerveau pour qu'il soit convaincu d'être une bouse. 

5- Proposer au salarié sénior, qui décidement est toujours en arrêt maladie, une rupture conventionnelle qui coute un peu, mais qui sera vite rentabilisée par son remplacement par un débutant

6- proposer le poste vacant à l'assistant, qui sera payé 40% moins cher, et qui est beaucoup plus collaboratif et maléable que l'autre démotivé dépressif non militant. 

SUIVANT!

 

 

 

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Published by Bellona
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commentaires

sylvie 01/11/2012 17:30


et bien voilà une qui ne sait pas ch...

Bellona 01/11/2012 18:48



lol! Oui ça mérite une cure de dulcolax! lol



trublion 31/10/2012 19:29


j' ai pu constater que d' être trop sympa, n' empêchait pas les tentatives de déstabilisation, et un patron a vite fait de dire que vous avez la rage pour se débarrasser de vous
!

Bellona 01/11/2012 17:24



Oh oui. Etre trop sympa vous fait passer pour un imbécile heureux. Etre trop zélé pour une personne dangereuse. 


Bref, il faut être un rat, un ver de terre, une taupe... agir dans l'ombre, insidieusement...


Mais ça... il faut savoir le faire...



Hugin 30/10/2012 18:02


Bienvenue dans la communauté


A propos de ton article, j'ai la chance d'avoir une métier spécialisé, et de plus je suis compétent sur le terrain. Mais j'ai quand même des cadres qui se croivent au dessus de tes compétences et
qui t'imposent des solutions qui tiennent pas longtemps. Certains plus humbles font le meilleur calcul de faire confiance en ton savoir faire.

Bellona 30/10/2012 19:07



Oui je suis d'accord. Certains supérieurs sont convaincus que leur supériorité hiérarchique font d'eux des membres de l'intelligentia. Je crois au travail collaboratif et à la synergie des
compétences. Ces supérieurs qui ne se remettent pas en cause ralentissent la productivité et l'efficacité des services qu'ils dirigent, tout cela pour une question d'égo!


Dans cet article, la personne concernée a toujours été quelqu'un de collaboratif, qui s'appuyait sur le savoir faire de ses collaborateurs, et échangeait autour des missions qu'il devait mettre
en oeuvre. 


Je connais surtout le monde de l'éducation et du travail social , mais j'entends beaucoup parler de certaines grandes entreprises françaises ( automobile, téléphonie...), à des niveaux assez
élevés, qui ont des pratiques de management très agressives et qui mettent la pression  aux cadres sup, avec le souhait presque affiché, de les faire craquer  pour délocaliser dans des
pays moins coûteux. C'est la loi du plus fort, et même entre collègues de même niveau hiérarchique l'ambiance est détestable. 


Ce n'est pas qu'une question de savoir-faire, c'est une question de pouvoir...Mais la dictature n'a jamais été très productive...


Ah et pour ajouter de l'eau à ton moulin, demain un petit article-anecdote, qui illustre une fois de plus que supérieur hiérarchique signifie explosion de l'égo...


 



sylvie 30/10/2012 17:42


ce qui t'es arrivé, me fait penser à mon frère, il a vécu sensiblement la même chose. Après avoir formé le jeuno fraîchement sorti de l'école sup avec un diplôme bidule chouette, il se retrouve
mis de côté et c'est le jeuno a qui est attribué le poste de directeur !

Bellona 30/10/2012 18:41



Bonsoir Sylvie, 


Merci de ton commentaire. 


Cette histoire n'est pas là mienne, mais celle d'une autre personne. J'ai vécu quelque chose de similaire il y a quelques années, avec une assistante qui elle , a piqué ma place en couchant avec
 le directeur. 


La répétition, fait la notion...


CQFD...ehehehehe



Bellona 30/10/2012 17:26


Je tiens à préciser que cette anecdote est tirée de faits réels et qu'ils y a une multitude de détails qui n'ont pas été décrits :  ç'aurait été long à écrire et surtout très très lourd à
lire...


Les méthodes de management sont de plus en plus hostiles aux salariés, destructrices et totalement inefficaces ( sauf si l'objectif premier de l'entreprise/del'association/de la collectivité
locale ... est de casser des êtres humains, ce dont je doute). 


Il y a des jours ou je comprend pourquoi certains en sont arrivés à sauter par la fenêtre ou a allumer au fusil à pompe leur patron...


Peut être qu'un jour ces managers narcissiques, qui s'appuient sur des méthodes  apprises à l'école ou imposées par les grands théoriciens de ce monde, qui rêvent de pouvoir indissocier
l'humain des machines ( oui rentabilité, performance, et autres outils de GRH sont de belles formules mathématiques...Mais nous ne sommes PAS des p***** de MACHINES), ouvriront les yeux. Mais
j'en doute. Ils font partie d'un système où faire de l'argent quoiqu'il en coûte, et pour 1% de la population mondiale, est la priorité numéro 1. 


Nous sommes les 99%.


Les moutons sacrifiés et manipulés par ces fumiers...